Dorico

Le logiciel de notation musicale de demain

Dorico

Le logiciel de notation musicale de demain

Introduction

Les logiciels de notation musicale ces derniÚres années, et la gestation de Dorico

Dorico, nouveau venu parmi les logiciels de notation musicale vĂ©tĂ©rans Finale et Sibelius, est sorti le 19 octobre 2016, il y a seulement quelques jours. AprĂšs des annĂ©es d’utilisation de Finale professionnellement, Ă  la fois en tant que copiste musical, professeur (et maintenant professeur de notation musicale avec Finale au CRD de Gennevilliers) et surtout compositeur, j’ai moi-mĂȘme suivi avec beaucoup d’intĂ©rĂȘt la gestation puis la sortie de la version 1 de Dorico, dĂ©veloppĂ©e par une partie de l’équipe des anciens dĂ©veloppeurs de Sibelius, licenciĂ©s par Avid il y a quelques annĂ©es, mais embauchĂ©s presqu’aussitĂŽt par Steinberg


Le blog de Daniel Spreadbury, Making Notes, nous tenait informĂ© de l’avancement du logiciel depuis le dĂ©but du projet ; sa transparence quant aux rouages et la minutie impliquĂ©s lors du dĂ©veloppement des fondations de Dorico prĂ©sage d’une base encourageante pour les utilisateurs. Sans oublier Steinberg, qui, ayant investi pendant plus de quatre ans sans retour, semble faire preuve de longueur de vue ; un peu de vision Ă  long-terme dans le domaine est d’ailleurs probablement essentiel pour percer vĂ©ritablement face Ă  Finale et Sibelius ; pourquoi passer Ă  un autre logiciel, quand deux autres permettent dĂ©jĂ  de rĂ©aliser Ă  peu prĂšs n’importe quelle partition, et ce depuis vingt ou trente ans ? Car aprĂšs tout, l’avenir d’un format de fichier est capital pour assurer et rassurer les compositeurs que leurs partitions seront toujours lisibles et modifiables dans dix, quinze ou vingt ans ; certes, il existe le format MusicXML, mais l’implĂ©mentation en est pour le moins variĂ©e et inĂ©gale, et pour nombre d’entre-nous, ce format s’avĂšre trĂšs insuffisant.

AprĂšs la premiĂšre dĂ©cennie des annĂ©es 2000, oĂč les deux principaux concurrents se disputaient le titre de meilleur logiciel de notation musicale, amenant des innovations et une surenchĂšre bienvenue de nouvelles fonctionnalitĂ©s (parfois au dĂ©triment de la correction des bugs), le dĂ©but des annĂ©es 2010 Ă©tait plutĂŽt mou dans ce domaine. Dorico bĂ©nĂ©ficie Ă  la fois de l’avantage de repartir de zĂ©ro, d’un point de vue technologique, et de l’inconvĂ©nient de devoir rattraper et dĂ©passer ces deux mĂštre-Ă©talons
 Qu’en est-il vraiment, aprĂšs quelques jours de tests ?

Premier regard

Premiùre impression à l’ouverture de Dorico

AprĂšs avoir saisi une partition pour grand orchestre symphonique de quelques pages, et maintenant aprĂšs plusieurs mois d’utilisation, quelques partitions d’orchestre plus tard et de nombreuses Ă©preuves ou chants de formation musicale, voici quelques remarques. Il convient de ne les point trop prendre au pied de la lettre, car la documentation de Dorico est pour le moins lacunaire pour le moment — certaines fonctionnalitĂ©s sont donc peut-ĂȘtre dĂ©jĂ  prĂ©sentes, mais pas si Ă©videntes Ă  trouver. NĂ©anmoins, cette premiĂšre expĂ©rience (cette premiĂšre prise de contact !) fut plutĂŽt agrĂ©able.

L’interface est claire est facile Ă  utiliser, malgrĂ© quelques imperfections dans l’ergonomie, comme nous l’allons voir.

La premiĂšre chose que je dois mentionner, c’est que le plus grand obstacle Ă  l’apprentissage de Dorico et Ă  l’apprĂ©ciation de ses rĂ©elles possibilitĂ©s, c’est la mentalitĂ© et les processus rĂ©manents inhĂ©rents au(x) logiciel(s) que nous utilisions auparavant.

I. Le module « Setup Â»

Préparation du projet

Pour commencer par le dĂ©but, Dorico ne considĂšre pas les portĂ©es comme la base d’un projet. Dorico considĂšre les musiciens comme le centre de son module « Setup Â». L’avantage devient Ă©vident lorsqu’on pense aux instrumentistes qui changent d’instrument au cours d’un morceau : le logiciel est plus naturel dans sa comprĂ©hension de ce que reprĂ©sente une Ɠuvre. On ajoute des musiciens solos (les bois par exemple), des sections (les pupitres de cordes), voire des ensembles (les bois « par 3 Â»), avec la possibilitĂ© de mettre en place des groupes (deux orchestres, ou deux quatuors). Pour le moment, Dorico ne nous permet pas de crĂ©er des instruments avec tous leurs attributs qu’il ne connaĂźt pas (Cristal Baschet, Waterphone ?
) : il faut donc ruser. Par ailleurs, l’écriture des percussions Ă  son indĂ©fini est trĂšs limitĂ©e (il n’est pas possible de dĂ©finir un style de portĂ©e, Ă  plusieurs lignes par exemple).

On dĂ©finit des « flows Â», des entitĂ©s musicales qui peuvent correspondre Ă  des Ă©lĂ©ments complexes comme un mouvement d’Ɠuvre, un numĂ©ro (opĂ©ra ou comĂ©die musicale), une cue (musique de film), ou tout simples comme un ossia ou un exemple musical. La mise en page peut ĂȘtre diffĂ©rente, avoir une instrumentation diffĂ©rente, etc. Beaucoup de fluiditĂ© dĂ©jĂ  dans ce module « Setup Â», donc !

Par ailleurs, pour une Ɠuvre orchestrale relativement standard, les parties sĂ©parĂ©es sont dĂ©jĂ  par dĂ©faut trĂšs propres, avec peu de modifications Ă  y apporter. Si les partitions un tantinet plus complexes s’avĂšrent Ă©galement Ă  la hauteur, nous aurons un atout temporel indĂ©niable lors des travaux urgents. Il s’avĂšre que pour le moment, la plupart des modifications effectuĂ©es dans un « layout Â» ne sont pas reportĂ©es sur les autres. Par exemple, les propriĂ©tĂ©s d’apparence des glissando (montrer ou cacher le texte), des tuplets (ratio), des liaisons de phrasĂ© ou de prolongation (en pointillĂ©s), modifiĂ©es dans le conducteur, ne se reportent pas automatiquement dans les parties sĂ©parĂ©es. C’est un systĂšme trĂšs souple, mais ennuyeux dans la plupart des situations basiques. Daniel Spreadbury m’assure que sur le long-terme, une fonctionnalitĂ© de copie des propriĂ©tĂ©s d’un « layout  Ă  un autre est prĂ©vue.

Dans ce premier module, j’ai toutefois notĂ© quelques points noirs : si l’utilisateur peut changer l’ordre des instruments, le logiciel groupe lui-mĂȘme les instruments avec des crochets et accolades, selon une politique dĂ©finie dans les options globales de gravure (par exemple, j’aime que les timbales soient toujours indĂ©pendantes et sĂ©parĂ©es des crochets de la percussion). Lorsqu’on est habituĂ© Ă  Finale, qui est certes souvent cauchemardesque pour les situations compliquĂ©es et les divisions, on manque ici de souplesse, qui pourra s’avĂ©rer rĂ©dhibitoire si elle n’est pas corrigĂ©e dans les mises Ă  jour et versions Ă  venir. Par ailleurs, le logiciel semble numĂ©roter lui-mĂȘme et obligatoirement les instruments (comme l’option Ă©quivalente et optionnelle dans Finale) : il m’a Ă©tĂ© impossible de dĂ©finir FlĂ»te 1, FlĂ»te 2 et Piccolo 3. Dans la version 1.0.3 c’est possible de numĂ©roter les instruments, mais il y a encore des bugs et limitations, faisant de cette possibilitĂ© une fonctionnalitĂ© incomplĂšte. De mĂȘme, comment dĂ©finir des portĂ©es avec Ă©tiquettes superposĂ©es de numĂ©rotation des deux voix (ou simplement un retour Ă  la ligne, impossible pour le moment), comme il est de coutume pour les cors : 1 en haut, 2 (ou 3) en bas, puis 3 (ou 2) et 4 sur la seconde portĂ©e ? Enfin, pour une apparence nette et Ă©purĂ©e, comment afficher le mot « Percussion Â» ou « Cors Â», centrĂ© entre les instruments du groupe, plutĂŽt que d’avoir Ă  le rĂ©pĂ©ter devant chaque portĂ©e ?

Pour les personnes qui accordent une grande importance au groupement et aux Ă©tiquettes de leurs nomenclatures, c’est un point de frustration important, probablement le plus important que j’aie remarquĂ© jusqu’à prĂ©sent. Cependant, gardons Ă  l’esprit que Daniel Spreadbury promet une fonctionnalitĂ© de divisions trĂšs bien pensĂ©e pour une version ultĂ©rieure


Pour terminer sur le sujet, je n’ai pas non plus trouvĂ© comment redĂ©finir ou vĂ©rifier quel est l’instrument qui correspond Ă  une portĂ©e (au-delĂ  du nom, qui peut ĂȘtre changĂ©). Cela m’a posĂ© problĂšme lors de l’import de fichiers MusicXML, avec une numĂ©rotation trĂšs fantaisiste des portĂ©es par Dorico, et au final une partition inutilisable malgrĂ© une trĂšs belle gravure
 Dans ce cas, je contourne le problĂšme en prĂ©parant un document-maĂźtre avec toute l’instrumentation et les options souhaitĂ©es, puis je copie-colle la musique depuis le fichier importĂ©.

II. Le module « Write Â»

L’espace de saisie ou, pour les compositeurs, de crĂ©ativitĂ©

Le module suivant, « Write Â», est dĂ©diĂ© Ă  la saisie de la musique : notes, articulations, expressions, etc. C’est probablement dans ce module que la plupart des utilisateurs passeront la plus grande partie de leur temps de travail.

PassĂ©es les premiĂšres difficultĂ©s et une relative assimilation de la saisie par le clavier (d’ordinateur), on constate que la saisie est assez efficace dans l’ensemble. AprĂšs plusieurs mois de recul, l’entraĂźnement a trĂšs vite eu raison des rĂ©flexes pĂ»rement « Speedy Entry Â» de Finale tant le mode de saisie au clavier est bien pensĂ©, et j’apprĂ©cie particuliĂšrement la saisie au clavier sous Dorico ! La bonne nouvelle, c’est que Dorico permet de personnaliser tous les raccourcis clavier. D’ailleurs, on peut passer une grande partie du temps sans quitter le clavier. La saisie de voix multiples sur une portĂ©e, basĂ©e sur une philosophie tout autre que celle de Finale, demande un peu de rĂ©flexion de prime abord, mais s’avĂšre relativement aisĂ©e une fois dĂ©passĂ© le stade d’apprentissage initial et de comprĂ©hension du modĂšle : au final, le concept mis en place par Dorico Ă  cet Ă©gard me plaĂźt bien, et aprĂšs quelques mois d’utilisation, je trouve ce nouveau modĂšle supĂ©rieur Ă  celui de Finale. On crĂ©e une voix, et celle-ci n’existe qu’aussi longtemps qu’on en a besoin. Il est Ă  noter qu’il est recommandĂ© d’activer l’affichage colorĂ© des voix pour s’y retrouver.

Le plus dur pour les utilisateurs friands du mode « Speedy Entry Â» de Finale est de s’habituer Ă  dĂ©finir les modificateurs avant la saisie de la note : altĂ©ration, point, petite note, liaison Ă  la note d’avant, etc. AprĂšs rĂ©flexion, cela semble pourtant assez naturel, mĂȘme si avec un papier et un crayon je dessine les altĂ©rations et les liaisons aprĂšs avoir dessinĂ© les tĂȘtes de note — car je le sais avant de commencer Ă  Ă©crire la note !

Lors de la saisie des notes avec le clavier, le logiciel adopte une politique d’octaves pas Ă©vidente Ă  assimiler de prime abord : si la portĂ©e en cours est vide, il se base sur la clĂ© pour dĂ©finir l’octave la plus proche (du sol mĂ©dium pour la clĂ© de sol, du fa mĂ©dium-grave pour la clĂ© de fa, etc) ; si la portĂ©e, mĂȘme longtemps auparavant, contient dĂ©jĂ  de la musique, la note sera dans l’octave la plus proche de la derniĂšre note de l’intervention prĂ©cĂ©dente. Ici, on se rend compte que si un musicien n’a pas jouĂ© pendant un long passage, on peut s’attendre Ă  quelques surprises lors de la saisie de la premiĂšre note du nouveau passage
 Ensuite, au cours de la saisie d’un passage, Dorico choisit l’octave de la note la plus proche de la prĂ©cĂ©dente, ce qui oblige Ă  une petite gymnastique mentale : dois-je m’attendre Ă  ce que la note soit celle de l’octave supĂ©rieure ou dois-je la forcer ? L’intelligence a du bon, mais parfois rend les choses plus imprĂ©visibles
 Ceci dit, je ne suis pas inquiet : je pense qu’avec un peu de pratique, l’habitude gommera totalement cette difficultĂ© somme toute assez mineure, et sera sans doute mĂȘme bienvenue ! Et c’est effectivement le cas, aprĂšs plusieurs mois d’utilisation de Dorico.

Deux aspects qui illustrent assez bien l’intelligence du logiciel : Ă  la saisie, aprĂšs avoir entrĂ© une note altĂ©rĂ©e, si la note se rĂ©pĂšte, inutile de saisir de nouveau l’altĂ©ration ; il faut simplement remettre un bĂ©carre lorsque nĂ©cessaire. D’autre part, les altĂ©rations de prĂ©caution automatiques sont trĂšs pratiques. Par ailleurs, l’édition des tuplets est des plus agrĂ©ables : une fois dĂ©fini le tuplet, on peut continuer Ă  saisir des notes, Dorico continue Ă  les regrouper avec des tuplets de mĂȘme nature jusqu’à l’annulation du mode « tuplet Â», sans avoir Ă  les dĂ©finir Ă  chaque fois : trĂšs apprĂ©ciable !

Il est de toute façon indĂ©niable que Dorico a une meilleure comprĂ©hension musicale que les autres logiciels. Sa comprĂ©hension sĂ©mantique de la musique est dĂ©jĂ  impressionnante dans cette version 1, mais parfois cette intelligence devient un obstacle : les notes prolongĂ©es en tenues ne font qu’une pour Dorico, qui se charge de les scinder en valeurs de notes appropriĂ©es selon la mĂ©trique. Certes, ce modĂšle, grĂące Ă  une consolidation de la notation, donne plus de cohĂ©rence Ă  une partition, d’autant que Dorico connaĂźt les bonnes pratiques (que l’on peut d’ailleurs largement paramĂ©trer), pourtant, dans certains cas, on prĂ©fĂšre une notation diffĂ©rente : il faut alors « forcer Â» une valeur, mais le hic c’est que, de mon expĂ©rience, copier et coller dĂ©truit ce « forçage Â»â€Š (Mais pas de panique : dans les « Notation Options Â», il est possible de paramĂ©trer le comportement de Dorico sur pas mal de points.)

L’avantage de ce modĂšle rythmique est de permettre l’usage de plusieurs mĂ©triques superposĂ©es (pour le moment seulement valeur de note = valeur de note). En tant que compositeur, la superposition de rythmes complexes est particuliĂšrement aisĂ©e avec Dorico, ce qui est un atout exceptionnel pendant le travail d'un morceau trĂšs rythmique. La saisie est particuliĂšrement souple (insertion de musique possible, avec dĂ©calage de tout ce qui suit. On peut aussi facilement Ă©crire sans mĂ©trique et faire ce choix ultĂ©rieurement, ou bien changer d’avis aprĂšs coup, ce que j’adore, venant de Finale ou la fonctionnalitĂ© pour changer les mĂ©triques cause des problĂšmes avec les mesures de silence), combinĂ© Ă  l’inutilitĂ© de saisir les silences la plupart du temps, puisqu’il suffit de positionner le curseur au bon endroit. Par ailleurs, copier-coller est plus souple que dans les autres logiciels, puisque Dorico colle la musique exactement Ă  partir du curseur, mĂȘme en plein milieu d’une mesure. Enfin, le logiciel permet l’utilisation de mĂ©triques alternĂ©es ! (3/4 — 6/8 par exemple)

Depuis la version 1, Dorico a ajoutĂ© un module de transposition trĂšs efficace. Par contre, cacher des notes est possible mais s’avĂšre parfois compliquĂ© (il faut ruser en dĂ©finissant une couleur et mettre l’opacitĂ© Ă  0, et attention, pas de lignes supplĂ©mentaires, car il n’est pas encore possible de les cacher) ; je pense notamment Ă  des textes de dictĂ©es Ă  trous oĂč il me fallait faire apparaĂźtre le rythme au-dessus de la portĂ©e mais pas les tĂȘtes de notes. Cacher les silences est maintenant possible trĂšs simplement grĂące Ă  la commande Edit > Remove Rests.

Il est trĂšs facile de crĂ©er des notes cross-staff cependant, une limitation confine pour le moment les cross-staff aux portĂ©es d’un mĂȘme instrument (les deux portĂ©es de piano par exemple).

Venons-en Ă  la saisie des nuances, des tempos, des mĂ©triques, des clefs, etc. Tout ceci est rĂ©alisable directement avec le clavier, par le biais de pop-over. L’idĂ©e est trĂšs bonne en soi, et permet un gain de temps assez apprĂ©ciable. Cependant, de gros perfectionnements sont Ă  espĂ©rer : saisir une nuance ou un crescendo en milieu de tenue est possible mais je n’ai pas eu de succĂšs avec les pop-over, me forçant Ă  cliquer sur les palettes appropriĂ©es Ă  la place, puis Ă  modifier la longueur du crescendo
 dommage, un gain de temps d’un cĂŽtĂ©, une perte de temps de l’autre ! Mettre des nuances sur des petites notes est aussi un peu compliquĂ© (on peut mettre <f si le f tombe sur la note rĂ©elle d’aprĂšs, mais pas une indication plus prĂ©cise p<f. Daniel Spreadbury m’a expliquĂ© la circonvolution pour parvenir au rĂ©sultat souhaitĂ© : saisir les nuances sur la note rĂ©elle, puis dĂ©caler les nuances Ă  l’endroit voulu en faisant glisser avec la souris).

La saisie de paroles (lyrics) est trĂšs bien pensĂ©e, c’est un rĂ©gal. On peut mĂȘme crĂ©er des Ă©lisions nativement, ce qui est trĂšs apprĂ©ciable.

En ce qui concerne les nuances, les expressions, les modes de jeu et les tempos, il manque beaucoup d’indications (il manque gettato, marcato, espressivo, etc.), et le logiciel ne permet pas encore d’en dĂ©finir de personnalisĂ©s : il faut donc utiliser l’outil texte, qui n’est pas trĂšs intelligent (la police doit ĂȘtre modifiĂ©e pour coller Ă  chaque type d’élĂ©ment si on doit fausser un mode de jeu ou une nuance. Manque aussi — Ă  ma connaissance — une fonctionnalitĂ© de cache, afin que le texte ne coupe pas les barres de mesure. Enfin, il ne semble pas qu’il y ait de catĂ©gorie pour les expressions (espressivo, etc.), Ă  moins que l’outil texte ne lui soit destinĂ© ? À cause de cette histoire de police pourtant, c’est loin d’ĂȘtre idĂ©al, puisque l’outil de texte doit permettre de saisir « Solo Â», « Ă  2 Â» ou « 1° Â» aussi bien que « espressivo Â», avec une apparence diffĂ©rente
 Par ailleurs, je n’ai pas rĂ©ussi Ă  indiquer un tempo de la forme « Un peu animĂ© — noire = 90 (noire pointĂ©e = 60) Â», car la deuxiĂšme indication ne reste pas (c’est possible bien sĂ»r, mais il faut ruser, en entrant un tempo ordinaire, puis en changeant le texte dans le panneau des propriĂ©tĂ©s). De mĂȘme, il n’est pas encore possible d’indiquer un tempo d’équivalence du type blanche = noire.

Pour le moment restent aussi quelques dĂ©fauts d’ergonomie : les modifications de l’aspect par dĂ©faut d’un Ă©lĂ©ment (forcer l’affichage d’une altĂ©ration, par exemple) nĂ©cessitent de sĂ©lectionner l’objet, puis dans le panneau de modification d’activer l’option de dĂ©viance par rapport au dĂ©faut, puis de rĂ©gler le paramĂštre ; cela fait trop de clics. Pareil pour grouper ou dĂ©grouper les ligatures. Mais l’équipe de dĂ©veloppement a expliquĂ© son point de vue sur la question, et il s’agit de la reprĂ©sentation la plus claire de ce qui a une apparence par dĂ©faut ou modifiĂ©e.

Par ailleurs, et c’est l’un des points dĂ©licats de ce mode, la sĂ©lection n’est pas Ă©vidente : j’ai dĂ» m’y reprendre souvent Ă  plusieurs fois pour sĂ©lectionner ce que je souhaitais sĂ©lectionner et seulement ça (souvent, les « slurs Â» se sĂ©lectionnaient). Comme Dorico considĂšre les notes selon leur valeur globale (une note et toutes les notes Ă©ventuelles avec liaison de prolongation ne font qu’une pour le logiciel), Ă  de rares exceptions prĂšs, je ne parvenais Ă  sĂ©lectionner que la valeur entiĂšre : ennuyeux quand on souhaite ne faire commencer un crescendo qu’en milieu de tenue, ou appliquer un accent Ă  la toute fin (c’est possible de ne sĂ©lectionner qu’une note d’une tenue, mais il faut passer temporairement dans le mode « Engrave Â»). D’ailleurs, lorsque je souhaitais appliquer au dĂ©but d’une tenue un trait de tenuto ou un V inversĂ© de chevron, gĂ©nĂ©ralement l’articulation se plaçait Ă  la derniĂšre note de la tenue (cela se dĂ©finit dans les « Engraving Options Â», mais on peut le changer au cas par cas) ! Frustrant, parfois. Dorico a toutefois rĂ©alisĂ© bien des progrĂšs dans ce domaine, depuis sa version 1.

III. Le module « Engrave Â»

La grande force du logiciel

Dans le module « Engrave Â», nous voici dans l’espace de mise en pages. Je dois avouer n’avoir guĂšre passĂ© de temps dans cette partie du logiciel, sauf occasionnellement — c’est pourtant le module qui m’intĂ©resse le plus —, mais c’est aussi parce que je n’avais pas Ă©normĂ©ment de modifications Ă  apporter au rendu par dĂ©faut de Dorico, ce que j’ai beaucoup apprĂ©ciĂ©, mĂȘme si sur un projet vĂ©ritable j’aurais Ă©tĂ© plus pointilleux que sur mes projets de test (plusieurs partitions d’orchestre et de nombreuses Ă©preuves ou chants de formation musicale).

Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup Ă  dire sur ce module, mais je n’ai pas eu le temps de tout tester en dĂ©tails ; je vais donc faire une sĂ©lection. De nombreuses options sont rĂ©glables dans les « Engraving Options Â» ; j’ai beaucoup apprĂ©ciĂ© que l’unitĂ© soit les « spaces Â», ce qui est plus conforme Ă  la pratique de la gravure traditionnelle (mĂȘme si sur Finale on peut choisir cette unitĂ©, ce n’est pas le rĂ©glage par dĂ©faut). Les options sont d’ailleurs trĂšs parlantes, et il est agrĂ©able de naviguer parmi elles, Daniel Spreadbury s’étant inspirĂ© de “Behind Bars” de Elaine Gould pour leur prĂ©sentation.

Les angles de ligatures est un sujet sur lequel je suis encore trĂšs partagĂ©, aprĂšs pourtant des annĂ©es de pratique ; j’ai changĂ© d’avis plusieurs fois, essayĂ© diffĂ©rentes choses et ne suis pas certain d’avoir atteint ma perfection. En regardant le rendu par dĂ©faut des angles de ligatures de Dorico, ceux-ci semblent au premier coup d’Ɠil parfois caricaturaux, mais il m’est difficile de dire si cette impression est dĂ»e Ă  l'habitude du rendu plein de platitude des logiciels habituels : en tout cas, en les survolant rapidement du regard, dans l'ensemble ils semblent assez conformes au Ted Ross a priori, et probablement meilleurs que les dĂ©fauts de Finale ; au moins les croisements avec les lignes de portĂ©es sont rĂ©glementaires ! Ici je n’ai donc pas Ă©prouvĂ© de gros besoins d’apporter des modifications au rendu par dĂ©faut de Dorico, ce qui est un trĂšs bon point ! Avec Finale il fallait utiliser un plug-in pour avoir une apparence dĂ©cente, puis repasser un coup individuellement derriĂšre manuellement
 Si dans le cas prĂ©sent le graveur a moins d’angles de ligatures Ă  retoucher, cela reprĂ©sente un gain de temps potentiel considĂ©rable !

CrĂ©er des « feathered/fanned beams Â» (accelerando ou rallentendo) est trĂšs simple. CrĂ©er des ligatures qui enjambent les barres de mesure aussi ; un immense progrĂšs, qui fera gagner beaucoup de temps et d’ajustements pour la prĂ©paration de parties sĂ©parĂ©es. Toutefois, bizarrement, je n’ai pas trouvĂ© comment utiliser des ligatures qui dĂ©bordent sur les silences (parfois) : l’option, qui se trouve dans les « Notation Options Â» du flow dans « Setup Â» ne le permet qu’assorties de mini-queues (stemlets), ce que je n’aime pas. Je n’ai pas trouvĂ© non plus si c’était possible d’allonger librement les ligatures. Pour terminer cette partie consacrĂ©e aux ligatures, crĂ©er des trĂ©molos n’a jamais Ă©tĂ© aussi facile (fini les plug-ins pour Finale !), et Dorico place les ligatures dans les rĂšgles de l’art (aussi bien pour les trĂ©molos entre deux notes que sur une seule note) ; lĂ  aussi, je vais apprĂ©cier de n’avoir plus Ă  retoucher individuellement chaque trĂ©molo, ce qui me fera gagner des heures de travail !

Venons-en Ă  l’espacement horizontal : les puristes trouveront sans doute encore Ă  y redire, comparant Dorico avec le lĂ©gendaire logiciel Score, mais personnellement, je trouve l’espacement par dĂ©faut beaucoup plus convaincant que celui que je connais dans Finale. Les altĂ©rations ne perturbent pas l’espacement, et ne font de la place que lorsque c’est indispensable pour Ă©viter une collision. Par ailleurs, il est possible d’activer la correction optique de l’espacement lorsqu’une note dotĂ©e d’une queue vers le bas prĂ©cĂšde une note avec une queue vers le haut : enfin ! Et de plus, les altĂ©rations sont placĂ©es de façon bien supĂ©rieure dans les accords chargĂ©s : finies les retouches systĂ©matiques obligatoires !

Concernant l’espacement vertical, Dorico Ă©vite les collisions de lui-mĂȘme et calcule l’espace entre les portĂ©es automatiquement de façon gĂ©nĂ©ralement satisfaisante.

Mais ce n’est pas tout ! Lorsqu’on crĂ©e un glissando entre deux notes, Dorico dilate automatiquement l’espacement pour que la ligne soit visible (un problĂšme bien souvent rencontrĂ© dans Finale dans les glissandos entre des notes de valeurs courtes) ; mĂȘme chose pour les trĂšs courts crescendos, qui ne ressemblaient Ă  rien ou nĂ©cessitaient un ajustement manuel perpĂ©tuel de l’espacement (possible dans une partie sĂ©parĂ©e, mais parfois compliquĂ© sur une partition d’orchestre), mais qui sont ici bien gĂ©rĂ©s.

Concernant les lignes supplĂ©mentaires, il y a deux points que j’ai beaucoup aimĂ©s : d’une part il est possible de retoucher la longueur des lignes supplĂ©mentaires au cas par cas (impossible dans Finale Ă  ma connaissance ; je le sais, j’ai souvent cherchĂ© !) ; d’autre part, lorsqu’une note en lignes supplĂ©mentaires est dotĂ©e d’une altĂ©ration, la ligne supplĂ©mentaire est raccourcie au niveau de l’altĂ©ration pour permettre de la rapprocher de la tĂȘte de note qu’elle affecte ! Enfin, il est possible de demander Ă  Dorico de raccourcir les lignes supplĂ©mentaires dans les « runs Â» (fusĂ©es et autres traits), qui autrement rendent bien souvent singuliĂšrement confuse la lecture, faisant apparaĂźtre virtuellement une portĂ©e Ă  sept, huit ou dix lignes Ă  cause des collisions de lignes supplĂ©mentaires trop rapprochĂ©es !

Pour continuer sur le chapitre des possibilitĂ©s extrĂȘmement bienvenues, parlons des textes Ă©tirables : ral-len-ten-do, etc. Oui, maintenant il devient possible de demander Ă  Dorico de scinder le mot en plusieurs syllabes et de les rĂ©partir convenablement en fonction de l’espacement : fini les heures passĂ©es Ă  crĂ©er une ligne personnalisĂ©e dans Finale, pour chaque partie sĂ©parĂ©e (et je l’avoue, la plupart du temps j’ai mĂȘme capitulĂ© et saisi le texte suivi d’une ligne, c’est tout). Cette fonctionnalitĂ© de textes de changements graduels est implĂ©mentĂ©e pour les tempos et pour les nuances ; peut-ĂȘtre plus tard aussi pour les textes ou au moins les modes de jeu ? (poco a poco sul pont.)

Dorico propose des soufflets de crescendo/diminuendo standards, mais aussi pointillĂ©s ou en petits points ! Pareil pour les liaisons (« slurs Â» et « ties Â») ! Excellent, pour un usage Ă©ditorial, pour Ă©tablir une Ă©dition critique par exemple (cependant, lorsqu’une tenue est scindĂ©e en plusieurs notes, il faut sĂ©lectionner individuellement chacune des liaisons pour que l’apparence les affecte toutes, car simplement sĂ©lectionner la note tenue ne modifie que la premiĂšre liaison !). Nous sommes aussi gratifiĂ©s de vĂ©ritables soufflets avec l’Ɠillet de niente (qu’est-ce que j’ai pu perdre de temps sous Finale Ă  les simuler) ! Malheureusement, les slurs ne sont pas toujours belles par dĂ©faut (je leur trouve parfois un cĂŽtĂ© Sibelius, qui m’a toujours déçu sur ce crĂ©neau) : parfois trop bombĂ©es, parfois trop plates. Toutefois, je dois admettre que nombreuses sont celles que je n’ai pas besoin de retoucher dans les cas courants ; mon Ɠil est peut-ĂȘtre encore un peu trop habituĂ© Ă  Finale, ce qui n’est pas ici forcĂ©ment une bonne chose, d’autant que je n’ai pas toujours un avis bien dĂ©fini sur la question de leur forme idĂ©ale.

Les clusters ou accords chargĂ©s avec des queues scindĂ©es (« split-stems Â») sont possibles en toute facilitĂ© ! Encore une option Ă©tonnante et gĂ©niale. Une autre option intĂ©ressante que propose Dorico est d’afficher automatiquement entre parenthĂšses les altĂ©rations en dĂ©but de chaque systĂšme dans les prolongations de tenues sur le conducteur : il devient alors inutile d’avoir Ă  le faire manuellement puis de les supprimer dans les parties sĂ©parĂ©es.

Puisqu’une version 1 ne peut ĂȘtre parfaite, j’ai malgrĂ© tout ressenti quelques manques : d’abord, il n’est pas encore possible de crĂ©er de nouveaux modes de jeu, de nuances (avoir msffz, ou sfz et sf dans la mĂȘme partition, mĂȘme s’il est dĂ©jĂ  possible de combiner deux nuances prĂ©dĂ©finies), ni de lignes personnalisĂ©es (poco a poco sul pont. - - - ->), ni de lignes de glissando avec un texte personnalisĂ© ; les tĂȘtes de notes personnalisĂ©es ne sont pas encore possibles en dehors des quelques possibilitĂ©s prĂ©dĂ©finies offertes dans cette premiĂšre version ; les harmoniques artificiels ne sont pas encore possibles (il faut les simuler en changeant la tĂȘte de note supĂ©rieure, dĂ©sormais possible en choisissant White Diamond Noteheads dans les tĂȘtes de notes prĂ©dĂ©finies) ; il n’est pas encore possible de redimensionner un passage, pour rĂ©aliser une rĂ©plique ou un Ă  dĂ©faut, par exemple ; et les liaisons de laissez vibrer, implĂ©mentĂ©es de façon satisfaisante dans aucun logiciel Ă  ma connaissance (les solutions de contournement n’étant que des pis-aller Ă  mon avis), ne sont pas encore possibles. Pour certaines de ces lacunes, Daniel Spreadbury affirme que le travail de fond est dĂ©jĂ  accompli, mais qu’il manque l’interface utilisateur pour permettre de crĂ©er cette variĂ©tĂ© d’élĂ©ments. Autre petit Ă©lĂ©ment de frustration : il n’est pas possible de cacher une armure de courtoisie, une clĂ© de courtoisie ou une mĂ©trique de courtoisie — il faut utiliser des flows, ce qui n’est pas toujours la bonne solution. De mĂȘme, les points d’orgue apparaissent automatiquement sur toutes les portĂ©es, ce qui est parfait la plupart du temps, mais parfois on souhaiterait ne les faire apparaĂźtre que sur certaines portĂ©es.

La mise en pages, cet espace tant redoutĂ© des utilisateurs de Finale, et qui demande bien souvent des annĂ©es avant une maĂźtrise satisfaisante, est dotĂ©e d’une base puissante, inspirĂ©e des logiciels de PAO tels InDesign : des modĂšles (page maĂźtre), que l’on applique aux pages de la partition. Un rĂ©gal ! Ajoutons les flows et la possibilitĂ© de les placer n’importe oĂč, et on comprend que les meilleurs jours sont Ă  venir. Quelques limitations seront sans doute plus ou moins prochainement abolies : quand on s’habitue au meilleur, on en demande toujours plus ! (possibilitĂ© de copier-coller des cadres directement d’une page Ă  l’autre, par exemple) J’ai prĂ©parĂ© de nombreuses Ă©preuves de formation musicale Dorico au cours des derniers mois, et je dois avouer que le logiciel est vraiment agrĂ©able Ă  utiliser pour ce type de travaux.

La mise en pages par défaut proposée par Dorico est généralement assez bonne, et forcer un certain nombre de mesures par systÚme est trÚs facile.

Il manque encore quelques aspects, certains dispensables, d’autres cruciaux : HabituĂ© aux styles de portĂ©es de Finale, je me sens pour le moment trĂšs limitĂ© sur les portĂ©es (je suis parfois fantaisiste) : notamment, je n’ai pas la possibilitĂ© de crĂ©er de score « cut-out Â», ni de portĂ©es avec un nombre particulier de lignes. Mais pour moi, le plus grand manque se trouve dans le module « Setup Â», car il me faudrait une libertĂ© totale dans le groupement et l’étiquetage des portĂ©es, sans avoir Ă  m’en remettre au logiciel pour numĂ©roter les portĂ©es, ainsi que la possibilitĂ© de vĂ©rifier la dĂ©finition d’instrument pour une portĂ©e donnĂ©e (au-delĂ  de l’étiquette, qui peut ĂȘtre changĂ©e). Dorico n’est donc Ă  mon avis pas encore prĂȘt pour graver des Ɠuvres orchestrales, mais j’attends ce jour avec impatience, tant la gravure par dĂ©faut de ce logiciel me plaĂźt, avec un effort bien moindre qu’avec Finale.

IV. Le module « Play Â»

Un playback encore rudimentaire

Je ne me suis pas attardĂ© dans le module « Play Â», puisque cet aspect m’est Ă  peu prĂšs Ă©gal. Le playback est trĂšs sommaire pour le moment, mais l’équipe nous avait prĂ©venu que cette fonctionnalitĂ© n’était pas achevĂ©e dans cette version 1. J’ai simplement remarquĂ© qu’en Ă©tant sur un pilote audio rĂ©glĂ© en 48 Khz, si j’exporte un WAV ou MP3, Dorico ne les exporte pas avec le bon Ă©chantillonnage : par consĂ©quent, Ă  la lecture des fichiers, le tempo est plus lent, et le diapason plus bas !

V. Le module « Print Â»

Étape finale d’un projet

Je ne me suis pas attardĂ© dans ce module, mais j’ai constatĂ© qu’il apportait toutes les options qu’on pouvait en attendre : impression, export PDF ou graphique, y compris la possibilitĂ© d’imprimer en booklet ! Rien Ă  dire ni Ă  redire pour le moment.

Mon avis général

Ai-je apprĂ©ciĂ© ces premiers moments d’utilisation de Dorico ?

Beaucoup d’utilisateurs se sont plaints de problĂšmes de lenteur du logiciel : certes, Dorico n’est pas une flĂšche, et mĂȘme, on peut dire qu’il est trĂšs lent pour certaines tĂąches (quand on a plusieurs partitions d’ouvertes simultanĂ©ment et que l’on passe de l’une Ă  l’autre — mĂȘme s’il s’agit de tout petits projets), mais l’équipe de dĂ©veloppement promet une optimisation consĂ©quente au fil des prochaines mises Ă  jour, ce qui s’est dĂ©jĂ  considĂ©rablement amĂ©liorĂ© depuis la version 1. Il est vrai que l’ouverture d’un fichier *.dorico prend beaucoup de temps, mais Ă  part ce dĂ©faut, personnellement, cet aspect de rĂ©activitĂ© mĂ©diocre ne m’a pas trop gĂȘnĂ©. Initialement, j’étais de toute façon trĂšs lent et pas trĂšs efficace, avec tous les concepts nouveaux et les paradigmes audacieux de Dorico Ă  assimiler, mĂȘme si maintenant, aprĂšs plusieurs mois d’utilisation, je suis beaucoup plus rapide. J’ai rencontrĂ©, rarement, quelques crashs, mais suffisamment rarement pour que cela n’ait pas Ă©tĂ© un vrai problĂšme ; la plupart du temps, quitter puis relancer Dorico a rĂ©solu le problĂšme.

Personnellement, je suis TRÈS satisfait de ce que j’ai trouvĂ© dans cette premiĂšre version de Dorico : il manque beaucoup de choses, mais il y a dĂ©jĂ  beaucoup de choses !

Par ailleurs, ce qui pourrait bien reprĂ©senter le plus grand atout de ce logiciel, c’est sans doute l’équipe de dĂ©veloppement : sur le forum, plusieurs membres lisent les fils et rĂ©pondent promptement aux questions, prenant note des bugs et des demandes. Une Ă©quipe Ă  l’écoute des utilisateurs, voilĂ  qui est prĂ©cieux.

Conclusion

Recommanderais-je Dorico ?

Aujourd’hui donc, Ă  ce jour du 26 octobre 2016 (avec des rĂ©visions les 3 juin 2017 et 11 septembre 2017), recommenderais-je Dorico ? Si vous possĂ©dez dĂ©jĂ  une licence Finale, Sibelius ou Notion, si vous ĂȘtes Ă©ducateur ou Ă©tudiant, voire si — encore mieux — vous satisfaites Ă  ces deux conditions, ma rĂ©ponse est clairement « oui Â». Autrement, le prix de la licence sans « crossgrade Â» et l’état encore incomplet du logiciel devraient vous orienter pendant encore quelque temps vers une autre option.

Pour la gravure de piÚces pour piano ou de musique de chambre, je pense que le logiciel est déjà relativement avancé, malgré les manques que nous avons évoqués, mais pour les partitions avec de grandes formations orchestrales, il reste encore du travail, notamment la souplesse de gestion du regroupement par crochets/accolades et la gestion des divisions.

Mais pour les autres, sauter dans le wagon dĂšs maintenant permettra Ă  mon avis de se familiariser avec les processus de Dorico, sans urgence, et le jour oĂč le logiciel aura rĂ©glĂ© quelques problĂšmes et comblĂ© ses lacunes, je pense qu’il sera d’une aide inestimable pour tous ces mĂ©tiers qui ont besoin quotidiennement d’un logiciel de notation musicale puissant, performant et relativement facile d’utilisation ; chaque ajustement en moins reprĂ©sente un gain de temps et un obstacle en moins Ă  la crĂ©ativitĂ© et Ă  l’efficacitĂ© du travail ; Ă©liminons-en autant que possible, et voilĂ  qui devient indispensable.

C’est ce que nous offre, ou plutĂŽt nous promet Dorico. Aujourd’hui, par certains aspects, le logiciel dĂ©passe dĂ©jĂ  Finale et Sibelius, alors prenons-nous Ă  rĂȘver Ă  ce que sera demain
 Dans tous les cas, espĂ©rons que l’arrivĂ©e d’un nouveau venu attisera la concurrence et rĂ©veillera leur compĂ©titivitĂ© et leur dĂ©sir de rester au moins Ă  jour dans l’innovation.

Mais pour en revenir Ă  Dorico et terminer cette critique, relever le standard de rendu de la notation musicale, voilĂ  qui pourrait bien devenir rĂ©alitĂ© pour ses utilisateurs ; les experts connaissent dĂ©jĂ  les rĂšgles, mais les autres (professeurs de formation musicale ou d’instrument, Ă©tudiants, arrangeurs, compositeurs) en ignorent souvent bien des aspects, malheureusement, et si Dorico en prend la charge demain avec un niveau de qualitĂ© inĂ©galĂ©, cela pourra s’avĂ©rer indubitablement bĂ©nĂ©fique sur les moyen et long termes : pour eux-mĂȘmes, mais aussi pour les musiciens derriĂšre leurs pupitres, car un conducteur et un matĂ©riel bien prĂ©parĂ©s permettent de se concentrer sur la musique, et rien d’autre ; c’est Ă  cela que sert la notation, et c’est en cela que la gravure musicale devient presque un art pour trouver la plus grande simplicitĂ© et la solution la plus Ă©lĂ©gante pour reprĂ©senter l’essence d’une musique sur le papier.

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