Grand Guide des Gongs

Manuel Ă©lĂ©mentaire Ă  l’usage des compositeurs et interprĂštes

Grand Guide des Gongs

Manuel Ă©lĂ©mentaire Ă  l’usage des compositeurs et interprĂštes

Je me suis efforcĂ© d’offrir un rapide panorama des diffĂ©rents types de gongs dans la page “PrĂ©sentation des Gongs”, ainsi qu’une mise au point quant aux termes « tam-tam Â» et « gong Â». Comme un seul instrument permet de produire une multitude de sons diffĂ©rents, je m’intĂ©resse dans ce guide Ă  dĂ©tailler, de façon non-exhaustive, quelques-uns des modes de jeu possibles. Ici, « gong Â» dĂ©signera la famille d’instruments dans son sens le plus large (indiffĂ©remment gong ou tam-tam), bien que je parle plus spĂ©cifiquement des gongs en feuilles martelĂ©es, puisque mon expĂ©rience se limite Ă  eux ; cependant, une large portion de ces modes de jeu se transpose sans problĂšme aux autres types de gongs, Ă  quelques variantes prĂšs.

Alexis Savelief

I. Considérations préliminaires

1) Hauteur du son

La hauteur de son que produit un gong est fonction de sa taille, mais surtout de la tension de sa surface : toute particularitĂ© de conception qui a pour effet d’ajouter de la tension (bord pliĂ©, aire rehaussĂ©e, bosse) a tendance Ă  fixer la hauteur du son. Un gong plat sans rebord produit gĂ©nĂ©ralement un son indĂ©terminĂ©. Ajouter de la tension Ă  sa surface va tendre Ă  prĂ©ciser la hauteur du son, c’est pourquoi les gongs accordĂ©s sont souvent pourvus d’un bord pliĂ©, d’une aire rehaussĂ©e et d’une bosse. La tension est aussi la raison pour laquelle un grand gong, mĂȘme accordĂ©, produit un son moins prĂ©cis qu’un petit gong, car la tension de sa surface est forcĂ©ment moindre.

Un gong de grand diamĂštre est gĂ©nĂ©ralement plus grave qu’un gong de petit diamĂštre. De plus, l’ambitus d’un grand gong est plus Ă©tendu, aussi bien dans les aigus que dans les graves. Un petit gong peut tout de mĂȘme faire entendre des graves, mais assez flous et avec peu de projection de son, qui peuvent mĂȘme ne pas dĂ©passer l’oreille de l’instrumentiste dans les frĂ©quences graves. Toutefois, un gong petit ou moyen peut avoir un son plus grave qu’un grand gong (mais avec moins de projection), si l’épaisseur du gong petit ou moyen (donc la tension de sa surface) est moins importante que celle du grand gong.

Dans le cas d’un gong accordĂ© disposant d’une bosse, l’aspect le plus important est la largeur de la bosse et la zone entourante : une petite bosse entourĂ©e d’une large zone produit un son plus grave, tandis qu’une large bosse encerclĂ©e d’une zone restreinte produit un son plus aigu. La profondeur de la bosse a quant Ă  elle moins d’importance.

Dans tous les cas, un gong — qui n’est autre qu’une variĂ©tĂ© de cloches —, mĂȘme accordĂ©, produit toujours plusieurs frĂ©quences plus ou moins fixĂ©es, avec des partiels inharmoniques, qu’il est possible de faire sonner isolĂ©ment ou en mixture, selon les particularitĂ©s du gong en question, et en fonction de la mailloche, du point de frappe et de la force de percussion, ainsi que du savoir-faire du percussionniste.

Gardez toujours Ă  l’esprit que les gongs en feuilles martelĂ©es (type Paiste, Sona, Tone of Life, Meinl, Broder Oetken), mĂȘme dans les sĂ©ries Gongs Symphoniques, Gongs Accent, Gongs Sound Creation et les autres lignes non-accordĂ©es, produisent tout de mĂȘme un son semi-dĂ©fini. N’espĂ©rez pas produire un son totalement indĂ©fini ! Certes, avec le diamĂštre le son devient plus grave et plus indĂ©fini — les gongs Chao de Chine et les gongs Terre des diffĂ©rents fabricants d’Allemagne sont sans doute les plus proches d’une tĂąche sonore —, mais les autres gongs en feuilles martelĂ©es produisent une note fondamentale relativement prĂ©cise, en particulier dans les diamĂštres les plus petits (de 22” Ă  28”, voire 30-32” / de 51 cm Ă  71 cm, voire 76-81 cm). Ils ne sont donc PAS indĂ©finis — seulement non-accordĂ©s.

Je me suis toujours demandĂ© si la frĂ©quence de base d’un gong en feuille martelĂ©e est bien sa fondamentale. J’avoue avoir des doutes Ă  ce sujet, puisqu’il est possible de tirer des sons plus graves sous certaines conditions, et que les premiers partiels sont souvent rapprochĂ©s de la fondamentale d’une quarte/quarte augmentĂ©e/quinte (Ă  mon oreille).

Selon mes expĂ©riences empiriques par points de frappe, corrĂ©lĂ©es avec la perception des partiels selon l’emplacement d’écoute (oreilles au niveau du profil du gong, vers le bord, vers la zone mĂ©diane, ou face au cƓur du gong), il me semble que sur un gong en feuille martelĂ©e type Gong Symphonique de chez Paiste, Meinl ou Sona/Tone of Life (sous le nom « Kosmos Â» ou « Cosmo Â» chez ce dernier fabricant), la fondamentale vient surtout du centre de la zone rehaussĂ©e ; le premier partiel proĂ©minent vient plutĂŽt du milieu de la zone mĂ©diane ; dans la zone brĂ»lĂ©e du bord, trĂšs martelĂ©e et concave, la tension est plus forte et il me semble que c’est la source principale de la plupart des partiels aigus ; enfin, la courbure du rebord, qui donne de la tension Ă  la surface, est Ă©galement trĂšs tendue, mais Ă©tant donnĂ© qu’il est possible d’obtenir des sons parfois plus graves que la fondamentale en jouant dessus, je suppose qu’ils sont source Ă  la fois de graves et de suraigus. Les modes de vibration d’un gong peuvent ĂȘtre visualisĂ©s avec le procĂ©dĂ© d’interfĂ©romĂ©trie holographique.

Quoi qu’il en soit, plus un gong est harmonique, plus sa rĂ©sonance est longue, les sympathies de frĂ©quences s’entretenant les unes les autres, alors qu’à l’inverse, un gong dont seule la fondamentale est accordĂ©e a tendance Ă  rĂ©sonner moins longtemps, les conflits de frĂ©quences amortissant et freinant la rĂ©sonance du gong.

Il faut Ă©galement tenir compte de l’effet doppler, produit par le balancement du gong sur le portique, trĂšs prononcĂ© en particulier pour les petits diamĂštres, qui offrent peu de rĂ©sistance Ă  la frappe.

Par ailleurs, un peu comme un instrumentiste Ă  cordes frottĂ©es a besoin de « faire Â» ses cordes neuves pendant quelques jours, le toucher et le son d’un gong Ă©voluent au fil du temps, avec une tendance Ă  s’épanouir. Dans le pire des cas, si le gong est jouĂ© trop souvent avec trop de force, le mĂ©tal fatigue voire se dĂ©forme, et le son perd de sa profondeur ; s’il Ă©tait accordĂ© sur une frĂ©quence prĂ©cise, il peut tendre Ă  devenir plus approximatif, voire Ă  changer de note.

2) Projection du son et réactivité du gong

a) Projection du son

Il y a un compromis Ă  trouver et une fourchette optimale entre l’épaisseur d’un gong et son diamĂštre, pour assurer une projection de son suffisante et un son suffisamment incarnĂ©. Un grand gong a plus de projection qu’un petit gong ; un gong Ă©pais a Ă©galement plus de projection qu’un gong fin.

Par ailleurs, les gongs projettent le son de façon directionnelle : cylindrique ou conique selon le gong. Vers le bord ou en profil du gong, on entend davantage les partiels aigus ; vers le cƓur du gong, on entend surtout la fondamentale. De ce fait, le son complet du gong ne s’entend qu’à une certaine distance du gong ; le musicien, selon sa position, n’entend qu’une partie de la fondamentale et des partiels, et doit se fier Ă  sa sensibilitĂ© et son expĂ©rience pour imaginer le son perçu par l’auditoire.

Les diffĂ©rentes zones d’un gong
mettant en Ă©vidence les aires de jeu
Les diffĂ©rentes zones d’un gong

b) Réactivité du gong

La rĂ©activitĂ© d’un gong est surtout due Ă  son Ă©paisseur. Un gong trĂšs mince sonne beaucoup plus facilement qu’un gong Ă©pais ; il faut donc veiller Ă  adapter la mailloche et la force de frappe afin de ne pas l’endommager. Quant au son, attention Ă  la saturation sur les gongs fins !

De façon subjective, je trouve que les gongs entre 30” et 32” (76 cm Ă  81 cm) sont les mieux Ă©quilibrĂ©s : bonne rĂ©activitĂ©, bonne projection du son, ainsi qu’un poids et une taille encore transportables ; par ailleurs, entre 28” et 32” (71 cm Ă  81 cm), le son des gongs accordĂ©s est particuliĂšrement sombre et timbrĂ©, concentrĂ© sur la fondamentale. En dessous de cette tranche de diamĂštres optimale, les gongs sont plus rĂ©actifs et requiĂšrent un meilleur dosage de la part de l’interprĂšte ; la fondamentale est nette, mais son timbre est plus lĂ©ger. Au-delĂ , il est plus difficile de faire sonner l’instrument. Pour ma part, entre un gong de 36” (91 cm) et un gong de 38” (96 cm), je trouve qu’il est nettement plus difficile de bien faire sonner le gong de 38” que celui de 36”, car il me faut plus de force pour mettre en vibration toute sa surface. Sans avoir jouĂ© sur un gong de 40” (102 cm), d’aprĂšs mes informations, il y a un fossĂ© de jeu et de son entre un gong de 38”, et de 40” et au-delĂ . Dans tous les cas, Ă  partir de 36”, et de façon plus marquĂ©e au-delĂ , le son est plus flou, et la fondamentale est presque systĂ©matiquement assortie d’au moins un partiel proĂ©minent, plus ou moins une quinte au dessus.

3) RĂ©sonances

Les rĂ©sonances sont plus longues sur un grand gong que sur un petit gong ; un gong Ă©pais a aussi une rĂ©sonance plus longue qu’un gong fin.

Sur un petit gong Ă  son relativement accordĂ© ou Ă  tout le moins semi-indĂ©fini, comme les gongs des sĂ©ries Gongs Accent, Gongs PlanĂ©taires et Gongs Symphoniques de Paiste, les rĂ©sonances ont souvent plus de pĂ©nĂ©tration dans un effectif instrumental, Ă©tant plus centrĂ©es, alors qu’elles sont plus floues sur un gros gong.

Les longues rĂ©sonances constituent sans doute l’attrait principal des gongs en Ă©criture orchestrale, qui permettent d’ajouter une touche de couleur. Mais le compositeur (et l’interprĂšte) doi(ven)t rester prudent(s) : Ă©crire pour gong implique de bien gĂ©rer les rĂ©sonances, sans quoi la musique peut devenir confuse si trop de rĂ©sonances rĂ©siduelles persistent et se superposent. De plus, si l’on souhaite conserver les rĂ©sonances naturelles des gongs, Ă©crire pour plusieurs gongs dans un contexte orchestral suggĂšre de les disposer suffisamment Ă©loignĂ©s les uns des autres pour rester clairs en dĂ©pit de ces rĂ©sonances.

 Voir aussi « I. 5. Ă‰criture mĂ©lodique Â»

Il est bien entendu possible d’étouffer un gong : En serrant le bord recourbĂ© du gong avec une main, le son se dissipe de façon dramatique. Pour encore plus d’efficacitĂ©, la mailloche (ou un genou) peut Ă©touffer la zone mĂ©diane et le centre. Lorsque les deux mains sont munies d’une mailloche, on peut rĂ©aliser un Ă©touffĂ© plus doux, en faisant dĂ©crire des cercles et des zigzags sur la surface du gong avec les mailloches, pour « effacer Â» sa rĂ©sonance : les zones critiques sont l’aire mĂ©diane et le centre. Cette mĂ©thode est plus musicale, dans la mesure oĂč elle n’arrĂȘte pas complĂštement la vibration du gong, mais se contente d’en assourdir largement le son ; des rĂ©sonances amoindries continuent donc de sonner (surtout au niveau du bord recourbĂ©, inaccessible avec cette mĂ©thode d’étouffement), sans prendre la place dĂ©mesurĂ©e habituelle des rĂ©sonances du gong, ce qui permet de mĂ©nager de l’espace pour d’autres Ă©lĂ©ments musicaux.

Toutefois, pour assurer un entretien facile des gongs, leur surface ne devrait jamais ĂȘtre touchĂ©e directement avec les mains, mĂȘme pour les Ă©touffer. À cet usage, il est possible d’utiliser soit des gants de coton (type gants de chocolatier), soit une peau de chamois.

Pour clore cette section consacrĂ©e Ă  l’étouffement des vibrations d’un gong, sachez que Meinl propose un systĂšme d’étouffoir, Ă  monter sur ses portiques de gongs. Le systĂšme semble efficace, bien que les portiques Meinl, de forme « potence Â», ne permettent pas de jouer avec autant d’enthousiasme que sur les portiques plus traditionnels, sous risque que le gong ne se balance trop et que le bord vienne toucher Ă  l’arriĂšre la partie verticale du portique, ce qui ne manquerait pas de faire entendre un son mĂ©tallique assez perturbant pour le public qui n’y serait pas prĂ©paré 

 Voir aussi « III. 10. RĂ©sonateur par sympathie Â» et « III. 11. Ă‰touffoir artificiel Â»

4) Choisir le gong adaptĂ© Ă  l’atmosphĂšre recherchĂ©e

Un bon gong, de par l’ampleur de sa vibration, de par la richesse de ses timbres, offre des harmonies subtiles, dans les mĂ©andres desquelles il fait bon se perdre.

Vu la plĂ©thore de gongs disponibles, voici quelques suggestions selon l’ambiance que vous souhaitez crĂ©er. Je n’aborde pas ici les gongs chinois de type chau, qui sont trop diffĂ©rents et de qualitĂ©s trop disparates les uns des autres, les rendant appropriĂ©s pour une seule sĂ©lection au cas par cas. Les descriptions sont subjectives, et n’impliquent que mon ressenti — vous pouvez tout Ă  fait percevoir les sensations autrement.

Pour un usage orchestral habituel, si l’Ɠuvre ne requiert qu’un seul gong grave, seuls un gong de 38” (96 cm) ou de 40” (102 cm) sont appropriĂ©s. En dessous de ces diamĂštres, la fondamentale n’est pas assez profonde et le son ne perce pas assez l’orchestre dans les nuances p. Par contre, un 32” (81 cm) peut tout Ă  fait servir de gong de hauteur mĂ©dium, alors qu’un gong de 24” (61 cm) peut servir de gong de hauteur aiguĂ«, pour former un ensemble de trois gongs Ă©quilibrĂ© et harmonieux. Cependant, si une Ɠuvre fait appel Ă  un seul gong mais nĂ©cessite une certaine maniabilitĂ©, on pourra avantageusement prendre un gong de 36”, 34” ou 32” (91 cm, 86 cm ou 81 cm), qui non seulement seront plus faciles Ă  faire sonner, mais aussi Ă  faire « parler Â» rapidement.

D’autres considĂ©rations sont Ă  prendre en compte selon l’usage envisagĂ©. Un gong de grand diamĂštre est plus polyvalent, car il offre accĂšs Ă  une fondamentale grave et puissante, un nuage de partiels et de grandes possibilitĂ©s avec les baguettes superball : ils sont donc parfaits pour un usage de coloration, et ce sont des gongs polyvalents. Les gongs de petit diamĂštre en revanche sont plus limitĂ©s : gĂ©nĂ©ralement une fondamentale assez claire et concentrĂ©e, qui passe bien en orchestre mais ne permet pas d’apporter un halo colorĂ© Ă  la trame musicale ; leur intĂ©rĂȘt provient plutĂŽt d’un usage mĂ©lodique avec tout un jeu de gongs plus ou moins accordĂ©s.

Voici maintenant quelques indications plus précises, vous renvoyant vers des modÚles de gongs spécifiques et pas toujours bien connus des musiciens de formation classique.

Pour un son de gong indĂ©fini standard :

  • un Gong Symphonique de Paiste, Meinl ou Broder Oetken : le grand classique, efficace donc sans surprise.

Pour un son de gong plus mĂ©lodieux avec de superbes partiels (et Ă  son presque dĂ©fini) :

  • un gong Cosmo 41” (105 cm) de Sona, qui est non seulement trĂšs beau dans son harmonie, mais aussi le moins coĂ»teux dans cette taille comparĂ© aux autres fabricants. Ce gong est rĂ©alisĂ© dans un mĂ©tal lĂ©gĂšrement plus Ă©pais que les gongs symphoniques de Paiste/Meinl, avec une surface un peu moins tendue ; le son reste donc davantage concentrĂ© sur les frĂ©quences basses, avec moins d’éclaboussures aigues. Ce gong existe aussi en diamĂštres 30” (75 cm), 35” (90 cm), 49” (125 cm) et 61” (155 cm).
  • un gong Wu Xing 40” de la ligne Sonic Energy de Meinl : un gong trĂšs centrĂ© et large en partiels, fantastiquement crĂ©Ă© de façon Ă  maximiser l’affinitĂ© entre les partiels. Comparativement Ă  un gong symphonique de mĂȘme taille, les partiels sont beaucoup plus alignĂ©s, le son beaucoup plus harmonieux et chantant, capable de basses profondes et d’aigus rĂ©confortants.
  • un gong Flower of Life 36” de la ligne Sonic Energy de Meinl : un gong accordĂ© sur le do grave C2, Ă  mon oreille un soupçon moins chaleureux que le gong Sedna de la sĂ©rie Planet de Paiste ; Ă  mon oreille, le gong Flower of Life laisse plutĂŽt entendre un accord de fa Majeur en position 6/4.
  • un gong Water 40” de Broder Oetken (maintenant aussi disponible en 24”, 28”, 32” et 36”)
  • un gong Water-Mondin/She-Moon 30” de la sĂ©rie Four Therapeutic Elements de Sona/Tone of Life : trĂšs mĂ©lodieux et chantant, mais un peu petit pour une texture orchestrale dense. Épais, donc plus dur Ă  faire sonner qu’un gong ordinaire de ce diamĂštre. Une nouvelle version de ce gong existe en diamĂštre 35”. Ce diamĂštre permet-il une meilleure pĂ©nĂ©tration du son au-dessus de l’orchestre ? En tout cas attention, il existe deux versions de ce gong : une version Nouvelle Lune (fondamentale un peu plus aiguĂ«) et une version Pleine Lune (fondamentale un peu plus grave).
  • un gong Dream 24” de Sona/Tone of Life : une fondamentale trĂšs sombre, mais des partiels trĂšs mĂ©lodieux et chantants.
  • un gong #4. Water/Energy 24” de la sĂ©rie Sound Creation de Paiste : mĂȘme remarque que pour la version de Sona. Production malheureusement arrĂȘtĂ©e.

Pour un son de gong accordĂ© (p-mf), mais avec de nombreux partiels (f), Ă  mi-chemin entre un gong symphonique et un gong accordĂ© traditionnel :

  • un gong PlanĂ©taire de Paiste, Meinl ou Broder Oetken : assez polyvalents si l’on prend la peine de les explorer, avec plus de caractĂšre et d’harmonies propres que des gongs accordĂ©s Ă  bosse, mais Ă  mon sens plus intĂ©ressants que les gongs symphoniques. Chez Meinl, Sedna et Chiron sont accordĂ©s sur une autre frĂ©quence que chez Paiste, et certains gongs sont absents (Nibiru et Pluto).

Pour des gongs accordĂ©s :

  • des gongs thaĂŻlandais : trĂšs doux lorsqu’ils sont jouĂ©s avec la mailloche appropriĂ©e, le problĂšme des gongs thaĂŻlandais rĂ©side dans leur poids important et leur rĂ©sonance qui, Ă  cause des partiels non-accordĂ©s, en pĂątit (seule la fondamentale est accordĂ©e). Un son assez creux, donc, et avec une rĂ©sonance courte comparĂ©e aux gongs accordĂ©s de Paiste. Par contre, pour l’exotisme, il remportent tous les points !
  • des gongs de la sĂ©rie Tuned Gongs de Paiste : comme ils ne sont plus fabriquĂ©s, il faut espĂ©rer trouver un service de location qui les propose, et qu’ils soient toujours en bon Ă©tat ! TrĂšs beaux, eux-mĂȘmes Ă  mi-chemin entre les gongs planĂ©taires et les gongs symphoniques.

Pour un son Ă  la fois sombre mais trĂšs clair dans la fondamentale, d’assez Ă  trĂšs aiguĂ« pour un gong :

  • les gongs de la sĂ©rie Accent de Paiste dans leurs diamĂštres standards de 7”, 10”, 13” et 22” (18 cm, 25 cm, 33 cm et 56 cm) : le son est particuliĂšrement concentrĂ© autour de la fondamentale. Les diamĂštres plus rares de 26”, 28” et 32” (66 cm, 71 cm et 81 cm) restent lĂ©gĂšrement plus centrĂ©s sur la fondamentale que les Ă©quivalents en gongs symphoniques, mais les partiels sont tout de mĂȘme davantage prĂ©sents que sur les diamĂštres plus petits.
  • un gong de petit diamĂštre de la sĂ©rie Gongs Symphoniques de Paiste, Meinl ou Broder Oetken. Les diamĂštres de 16” (41 cm ; ne semble plus faire partie du catalogue), 20”, 22” et 24” sont assez centrĂ©s.
  • le nouveau gong Water de la sĂ©rie Four Therapeutic Elements de Sona/Tone of Life, dans sa plus petite incarnation, avec un diamĂštre de 24”. Il semble que ce gong produise une sorte de quinte assez proĂ©minente. Le son semble lĂ©gĂšrement instable et susceptible de monter lĂ©gĂšrement selon le point et la force de frappe. Ce gong existe aussi en diamĂštres 30”, 35”, 41”, 49” et 61”.

Pour un son sombre et un visuel kitch ou plaisant, selon vos dispositions :

  • le gong Heart 32” de Broder Oetken : le son est plus sombre, plus grave et s’épanouit plus rapidement qu’un gong symphonique de mĂȘme diamĂštre.

Pour un son cuivrĂ©, crachant mais assez centrĂ© autour d’une fondamentale (surtout destinĂ©s Ă  des usages de coloration) :

  • le gong #2. Fire/Rest-Agression 20” (51 cm) de la sĂ©rie Sound Creation de Paiste : malheureusement, la production de ce gong est abandonnĂ©e depuis plusieurs annĂ©es, pourtant ses qualitĂ©s en faisaient un gong remarquable pour ajouter une note de couleur. Son design, avec trois zones sĂ©parĂ©es par des lignes enfoncĂ©es, est assez curieux.
  • le gong Fire 30” ou 35” de la sĂ©rie Four Therapeutic Elements de Sona/Tone of Life : d’esprit comparable Ă  la version de Paiste, mais de plus grand diamĂštre, de richesse sonore accrue et de conception affinĂ©e, ce gong est un monument de la crĂ©ation de gongs moderne. Un sommet Ă  mon sens incontournable, pour une fondamentale cuivrĂ©e dans les p, surmontĂ©e de quelques partiels crachants dans les nuances plus Ă©levĂ©es, avec la possibilitĂ© de moduler le son selon l’emplacement de jeu sur les six lignes, l’anneau central et toutes les zones de « flamme Â». Un gong trĂšs rĂ©actif.
  • le gong #7. Fight/Confrontation 22” (56 cm) de la sĂ©rie Sound Creation de Paiste : de qualitĂ© sonore Ă  mi-chemin entre les gongs Fire et les gongs Earth, malheureusement abandonnĂ©, sa petite taille et la finesse du mĂ©tal en font un gong un peu trop rĂ©actif mais superbe dans des nuances p.

Pour une large bande de son blanc :

  • un grand wind-gong

Pour une tĂąche sombre trĂšs grave (en jouant p), avec de l’écume sonore confinant au bruit blanc dans les nuances plus Ă©levĂ©es :

  • un gong #3A-B. Earth/Continuity (32”-38”) de la sĂ©rie Sound Creation de Paiste : curieusement moins sombres que la version #3 simple de 26” (66 cm).
  • un gong Sona Erde/Tone of Life Earth 41” : une variante du gong Terre de Paiste. La version de 35” est sans doute Ă©galement appropriĂ©e, mais la version de 30” est sans doute un peu lĂ©gĂšre. Ce gong existe en diamĂštres 30”, 35”, 41”, 49” et 61”.
  • un gong Sadja 40” de Ollihess : encore une variante, fabriquĂ©e par Broder Oetken, et Ă  mon sens la plus agrĂ©able Ă  l’écoute, qui semble donner une vague impression de do# grave, de ce que j’ai pu en entendre sur des vidĂ©os.

Pour les plus grands gongs, de 50”, 60” et 80”, outre les problĂšmes de transport, de suspension sur un portique assez grand et assez solide, d’une puissance de son cataclysmique et d’un coĂ»t Ă  la hauteur, le son met du temps Ă  se mettre en route et il est pourvu d’une rĂ©sonance pratiquement inĂ©touffable ! En-dehors d’une Ɠuvre Ă©crite avec ces gongs en tĂȘte, il vaut donc mieux ne mĂȘme pas les considĂ©rer ! Ils permettent de donner corps Ă  eux tout seuls Ă  une atmosphĂšre hors du commun, mais sont parfois utilisĂ©s de façon curieuse, comme la piĂšce “Mikrophonie I” de Karlheinz Stockhausen, qui fait appel Ă  un gong spĂ©cialement dĂ©veloppĂ© pour l’occasion, le Gong Symphonique 60” “Mikrophonie” de Paiste, plus fin qu’un gong symphonique de cette taille habituellement, donc encore rĂ©actif malgrĂ© sa taille phĂ©nomĂ©nale.

5) Écriture mĂ©lodique

Le compositeur ou le musicien qui souhaite s’affranchir du rĂŽle de coloration gĂ©nĂ©ralement dĂ©volu aux gongs doit garder Ă  l’esprit la rĂ©sonance souvent excessive de ces instruments dans le cas d’une utilisation mĂ©lodique des gongs. Sans clartĂ©, pas de mĂ©lodie !

Les gongs accordés ont une couleur différente selon la tessiture, déterminée en grande partie par leur diamÚtre. Ces caractéristiques rendent certaines octaves plus ou moins adaptées au jeu mélodique.

Pour les gongs en feuilles martelĂ©es, les octaves 1 et 2 sont trĂšs rĂ©sonantes, et la multitude de partiels qu’ils comportent sont propices Ă  la confusion ! Les vibrations des gongs, combinĂ©es Ă  l’effet Doppler (balancement des gongs sur le portique) et Ă  l’effet de phase (chaque gong produit de nombreuses frĂ©quences, dont certaines sont communes, ce qui, lors de l’écoute, « annule Â» certaines frĂ©quences lorsque l’auditeur est placĂ© Ă  certains endroits), ainsi qu’à la directionnalitĂ© particuliĂšre de chaque gong, absorbent et rendent imprĂ©cis les attaques et les rĂ©sonances des gongs les uns des autres.

Le flou artistique n’étant probablement pas l’effet dĂ©sirĂ©, pour un passage mĂ©lodique avec des gongs accordĂ©s, je recommande plutĂŽt un ambitus compris entre A2 et A3, voire A4 pour un son encore plus clair. Attention cependant, le son devient plus fixĂ© en montant dans l’aigu, mais aussi potentiellement plus agressif ! La frappe demande Ă  la fois une mailloche adaptĂ©e et une force de frappe mesurĂ©e, pour ne pas mettre trop en valeur l’impact au dĂ©triment de la note. Par ailleurs, un gong petit et fin a tendance Ă  sonner un peu plus haut initialement si la force de frappe n’est pas dosĂ©e convenablement. Attention, donc : l’instrumentiste a tout intĂ©rĂȘt Ă  pratiquer et Ă  s’entraĂźner pour apprendre Ă  sentir, en fonction des gongs et de la tessiture, la force de frappe Ă  ne pas excĂ©der (pour les petits gongs, le dĂ©faut inverse — sous-jouer — est rarement Ă  craindre).

 Voir aussi « I. 3. RĂ©sonances Â»

II. Baguettes et mailloches

1) Mailloches rembourrées et poids des mailloches

Sans entrer dans les dĂ©tails des innombrables mailloches disponibles, contentons-nous de dire que les mailloches de base Ă  avoir dans son attirail de percussionniste sont un ensemble de mailloches rembourrĂ©es, de diffĂ©rentes tailles et de diffĂ©rents poids, afin de pouvoir jouer sur un large Ă©ventail de gongs diffĂ©rents. La forme de la tĂȘte peut varier, de la large tĂȘte rembourrĂ©e classique jusqu’à la tĂȘte en « T Â» (tĂȘte en plateau), et certains prĂ©fĂšrent les mailloches Ă  manche en bois. Le but du rembourrage est d’amortir la percussion et de minimiser le bruit de l’impact, pour ne garder, dans un cas idĂ©al, que le son de l’instrument.

Pour obtenir le son optimal d’un gong, c’est-Ă -dire le son composĂ© de la fondamentale et des partiels prĂ©dominants et secondaires, il faut adapter la taille de la tĂȘte et son poids Ă  la taille du gong : un grand gong requiert une mailloche Ă  tĂȘte plus large et plus lourde qu’un petit gong ; de mĂȘme, un gong Ă©pais nĂ©cessite une mailloche plus lourde qu’un gong de mĂȘme diamĂštre mais plus fin.

GĂ©nĂ©ralement, les fabricants de gongs proposent une ou plusieurs lignes de mailloches, assorties de suggestions d’emploi optimal pour les faire correspondre aux diffĂ©rents gongs de leurs collections. C’est par exemple le cas de Paiste, Sona/Tone of Life (Sona qui fabrique aussi les mailloches de Paiste) et Meinl.

AprĂšs avoir essayĂ© les mailloches de base, il est utile de chercher les diffĂ©rences de sons obtenues en changeant de mailloche. Une mailloche lourde avec un tĂȘte plus large et rembourrĂ©e fait davantage sortir les graves et produit un son plus amorti, alors qu’une mailloche avec une tĂȘte plus compacte et plus lĂ©gĂšre produit un son plus prĂ©cis, avec plus d’aigus. Toutefois, en donnant plus de force au mouvement, on peut aussi faire sortir la fondamentale, mĂȘme avec une mailloche relativement petite.

L’intĂ©rĂȘt de choisir la mailloche adaptĂ©e est donc tout autant d’amĂ©liorer le confort de l’instrumentiste que sa certitude de sortir le son voulu le moment venu, avec le minimum d’effort.

Pour le compositeur, Ă  part recherche d’un effet particulier, point n’est besoin de se prĂ©occuper du choix de la mailloche, une absence de mention particuliĂšre de mailloche, ou Ă  la rigueur, une indication « mailloche lourde Â» ou « mailloche lĂ©gĂšre Â» Ă©tant amplement suffisante, laissant le percussionniste en charge de sĂ©lectionner la mailloche la plus appropriĂ©e au gong et au passage.

2) Mailloches dures

Les mailloches dures — qui existent aussi en diffĂ©rents poids, avec diffĂ©rentes tailles et formes de tĂȘtes —, contrairement aux mailloches rembourrĂ©es, produisent un impact de percussion audible, alors expressĂ©ment recherchĂ©. On peut donc obtenir divers effets de rĂ©sonance mĂ©tallique.

Une autre diffĂ©rence importante se situe quant Ă  la hauteur du son produit : le son est gĂ©nĂ©ralement plus aigu avec une mailloche dure, mĂȘme si elle est assez lourde. Les mailloches dures sont donc moins aptes Ă  faire sortir la fondamentale des gros gongs ; leur intĂ©rĂȘt rĂ©side surtout dans les effets, les couleurs et les timbres qu’elles permettent.

III. Modes de jeu

1) Considérations préliminaires

a) Température ambiante

La tempĂ©rature affecte le temps de rĂ©ponse d’un gong. Lorsqu’il fait froid, les gongs sont plus rigides, ce qui a entre autres pour effet de les rendre plus difficiles Ă  mettre en vibration. Si possible, aprĂšs un transport dans le froid, il vaut mieux laisser pendant un moment les gongs se rĂ©chauffer Ă  tempĂ©rature ambiante avant de commencer Ă  jouer.

b) « Amorcer Â» le gong

Une pratique gĂ©nĂ©ralement recommandĂ©e, mais que personnellement j’utilise rarement, est d’amorcer le gong avant de jouer. Il suffit pour cela de donner de trĂšs lĂ©gers coups de mailloche sur la surface du gong, de façon Ă  le mettre en vibration de façon inaudible, avant de donner le coup de gong audible. Cela permet, par cette amorce de vibration, de faire « parler Â» le gong plus rapidement lors du coup Ă  proprement parler : un plus large Ă©ventail de partiels se dĂ©veloppe dĂšs la premiĂšre frappe audible, alors qu’il aurait autrement fallu un ou plusieurs coups de gong avant d’y parvenir.

Cette technique est utile notamment en orchestre, lorsque le gong doit rĂ©pondre immĂ©diatement avec plĂ©nitude, bien qu’il n’ait pas Ă©tĂ© jouĂ© dans les minutes prĂ©cĂ©dentes. Mais il faut bien comprendre que, contrairement Ă  ce que certaines personnes affirment, ne pas amorcer le gong avant de jouer ne prĂ©sente aucun risque de l’abĂźmer ni de le fendre, sauf Ă  le frapper exagĂ©rĂ©ment fort !

Par contre, il est vrai que jouer un gong exagĂ©rĂ©ment fort de façon rĂ©pĂ©tĂ©e ou prolongĂ©e peut l’endommager : un gong en feuille martelĂ©e en particulier est susceptible de se dĂ©saccorder, voire de se « vider Â». En effet, tout comme les cordes des instruments Ă  cordes se « vident Â» au bout d’un certain temps, Ă  cause de l’oxydation et du jeu, le son des gongs peut se dĂ©partir de ses graves au profit des aigus, signalant un gong fatiguĂ©.

c) Mouvement de frappe

La surface du gong peut ĂȘtre frappĂ©e de diffĂ©rentes maniĂšres. Le mouvement a une incidence sur le son produit. Selon que la frappe soit directe, oblique en arc-de-cercle caressant ou bien en simple rebond, le son n’est pas le mĂȘme ; mĂȘme la direction du mouvement — de haut en bas, de bas en haut, de gauche Ă  droite ou de droite Ă  gauche —; a son importance !

Dans tous les cas, il faut veiller Ă  la souplesse du poignet qui tient la mailloche, afin de limiter la durĂ©e du contact entre la tĂȘte de la baguette et le gong et ne pas Ă©touffer le son.

La frappe directe (Ă  90° de la surface du gong) produit un son dur, plutĂŽt mĂ©dium-aigu, alors qu’une frappe oblique permet davantage de faire sortir les graves. Selon le mĂȘme principe, un coup souple fait sortir plus de graves qu’un coup dur. Une frappe souple sur le profil du bord recourbĂ© de certains gongs en feuille (type Paiste, Sona, Tone of Life, Meinl, Broder Oetken) permet mĂȘme de faire sortir des sons plus graves que la fondamentale ! Ces sons ne portent toutefois guĂšre au-delĂ  des oreilles du percussionniste, qui parfois ne ressent lui-mĂȘme que l’amplitude de cette vibration, sans que son oreille ne lui permette de discerner la frĂ©quence.

2) Point de frappe optimal pour le son du gong dans sa plénitude

Le point de frappe optimal, appelĂ© parfois « sweet spot Â» ou « point sensible Â», dĂ©pend du gong et des baguettes employĂ©es ; un gong peut d’ailleurs avoir plusieurs « points sensibles Â». On peut toutefois dĂ©gager la gĂ©nĂ©ralitĂ© suivante : Sur les gongs qui comportent un mamelon au centre, le point de frappe optimal est sur ce dĂŽme. Sur les gongs plats, comme les Gongs Symphoniques et Gongs PlanĂ©taires de Paiste, de Meinl et Broder Oetken, ou certains gongs de Sona et Tone of Life, le point de frappe optimal se situe gĂ©nĂ©ralement dans la zone mĂ©diane, lĂ©gĂšrement excentrĂ©, en position d’horloge 5 h-7 h, alors que la frappe au centre produit un son creux, pauvre en partiels et parfois mĂȘme en fondamentale !

La raison en est probablement simple : je prĂ©sume que sur un gong plat, bien que le centre soit un antinode, celui-ci se trouve aussi Ă  l’intersection des lignes nodales, c’est donc un endroit oĂč la vibration est un peu plus faible. À ce sujet, il est important de noter Ă©galement que les trous destinĂ©s Ă  accueillir la cordelette de suspension du gong sont de prĂ©fĂ©rence percĂ©s sur un anneau nodal, afin de minimiser l’amortissement de la vibration.

3) Points de frappe secondaires

Il y a une multitude de points de frappe possibles sur un seul gong : au centre (le « cƓur Â» du gong), dans la zone mĂ©diane, sur la jonction entre l’aire rehaussĂ©e et l’aire du bord, dans la zone brĂ»lĂ©e du bord, sur la pliure du rebord, en profil du bord recourbĂ©, etc. Et dans chacune de ces zones, le son peut varier selon le point de frappe sur le « cadran Â», que l’on dĂ©signe par « position d’horloge Â» assortie d’une heure. En changeant de point de frappe, il est donc possible de faire vibrer un gong donnĂ© selon diffĂ©rents modes de vibration.

GĂ©nĂ©ralement, sur un gong plat, frapper au centre fait sortir la fondamentale, avec peu de partiels secondaires. Ce point de frappe est utile pour obtenir un son concentrĂ©, avec peu de dispersion vers des partiels aigus. Certaines personnes affirment qu’il ne faut jamais frapper un gong plat en son centre, car le cƓur du gong serait sacrĂ© ou que cela risquerait de dĂ©saccorder le gong. Avec une force de frappe mesurĂ©e, cette affirmation est abusive.

Chaque gong mĂ©rite une exploration poussĂ©e des sons et mixtures sonores qu’il renferme, avec recherche des points de frappe correspondant Ă  chacun d’eux, avec diffĂ©rentes mailloches et baguettes, diffĂ©rentes forces de frappes et diffĂ©rents mouvements, etc.

Sur un gong de la sĂ©rie de Gongs PlanĂ©taires de Paiste ou Ă©quivalent, voici quelques points de frappe :

  • au centre, fondamentale assez pure
  • Ă  peine excentrĂ©, gĂ©nĂ©ralement en position d’horloge 5 h, son du gong riche, dans la plĂ©nitude de ses partiels
  • au milieu de la zone mĂ©diane, avec une frappe assez ferme et directe, avec Ă©touffĂ© prĂ©alable de la mailloche de frappe, premier partiel proĂ©minent
  • sur ou vers l’anneau d’accord (surface surĂ©levĂ©e), dans la zone mĂ©diane, le son comprend un nuage de partiels supĂ©rieurs et fait souvent ressortir un partiel prĂ©dominant
  • dans la zone brĂ»lĂ©e du bord, le son est moins dĂ©fini et d’autres partiels s’expriment, notamment des partiels supĂ©rieurs
  • toujours dans la zone du bord, avec des baguettes dures et/ou lĂ©gĂšres, les partiels qui sortent sont plus aigus (ce qui s’applique aussi pour les autres zones du gong)
  • on peut obtenir certains partiels prĂ©dominants secondaires en frappant au centre mais sans laisser la fondamentale s’exprimer (pas assez de souplesse du poignet par exemple, temps de contact de la mailloche avec la surface du gong Ă  peine prolongĂ©), ou bien Ă  cheval sur la courbure du bord
  • en frappant sur le bord repliĂ©, on obtient un halo sonore assez flou. Attention, la partie libre (partie extĂ©rieure) du bord est une zone plus fragile du gong ; il convient de frapper avec une force mesurĂ©e afin de ne pas endommager l’instrument.

MĂȘme sur un gong accordĂ© Paiste, de leur ancienne collection de Gongs AccordĂ©s avec la bosse au centre, il est possible de faire sortir d’autres partiels en jouant sur l’aire mĂ©diane, le son se rapprochant alors du croisement d’un gong symphonique avec un gong accordĂ©. En revanche, les gongs accordĂ©s coulĂ©s, type gong thaĂŻlandais, gong bao, la collection proposĂ©e par Dreams et peut-ĂȘtre aussi la ligne Genovese d’UFIP produisent un son beaucoup plus pur, plus creux, avec moins de mixtures de partiels et une rĂ©sonance moins longue (sans doute car seule la fondamentale est accordĂ©e), trĂšs beaux mais Ă  mon sens moins polyvalents. Cependant, mĂȘme sur ces gongs, en jouant avec des baguettes dures et/ou plus lĂ©gĂšres, les partiels aigus sortent davantage, au dĂ©triment de la fondamentale.

Certains gongs un peu curieux sont particuliĂšrement intĂ©ressants (mais parfois difficiles) Ă  explorer. Je pense ici Ă  la collection de gongs CrĂ©ation Sonore de Paiste, les gongs de la sĂ©rie Quatre ÉlĂ©ments ThĂ©rapeutiques de Tone of Life et Sona, ou certaines crĂ©ations de Broder Oetken pour les collections de sa sociĂ©tĂ© Oetken Gongs et pour ses partenariats avec Oliver Hess (Ollihess) et Meinl. Entre autres — car nous n’avons Ă©voquĂ© ici que les lignes « classiques Â».

Vous trouverez les cartes sonores de mes gongs « CrĂ©ation Sonore #3. Terre Â» de Paiste et « Quatre ÉlĂ©ments ThĂ©rapeutiques — Feu Â» de Tone of Life/Sona dans la page “DĂ©tail des gongs de ma collection”.

4) SĂ©lection de partiels par Ă©touffĂ© d’une mailloche secondaire

Les instrumentistes Ă  cordes connaissent bien le principe d’émission d’un harmonique particulier en effleurant une corde Ă  un point nodal ; les pianistes aussi. Au gong, bien qu’il soit difficile de dĂ©terminer prĂ©cisĂ©ment l’emplacement des lignes et anneaux nodaux de par la multiplicitĂ© des modes de vibration simultanĂ©s, nous disposons d’une technique apparentĂ©e.

Pour faciliter l’émission de certains partiels principaux sur un gong en feuille martelĂ©e, il suffit de bloquer la mise en vibration d’une partie de la surface du gong en l’étouffant avec une mailloche secondaire dans une main, avant de frapper Ă  un autre endroit — de prĂ©fĂ©rence dans une zone diffĂ©rente — avec la mailloche principale. Ce mode de jeu spĂ©cial, qui inhibe une partie des partiels, permet de mieux sĂ©lectionner le mode de vibration du gong, donc de reproduire aisĂ©ment certains sons. Sur un gong planĂ©taire Paiste, en bloquant le cƓur du gong et en frappant vers le bord extĂ©rieur de la zone mĂ©diane, on fait sortir le premier partiel, alors qu’en bloquant la partie extĂ©rieure de la zone mĂ©diane et en frappant Ă  peine excentrĂ©, la fondamentale sort plus clairement. Enfin, en Ă©touffant le cƓur du gong et en frappant avec l’autre mailloche sur la partie libre du rebord extĂ©rieur, le gong produit un halo sonore, privĂ© de la fondamentale et parfois assez diffĂ©rent du son plein. Attention, la partie libre (partie extĂ©rieure) du bord est une zone plus fragile du gong ; il convient de frapper avec une force mesurĂ©e afin de ne pas endommager l’instrument.

Naturellement, sur les petits diamĂštres, l’étouffĂ© amortit trop la rĂ©sonance du gong, produisant un son plus sourd — cette technique fonctionne donc surtout sur les gongs de moyen et grand diamĂštre (de 28” Ă  40” / de 71 cm Ă  102 cm). J’ignore dans quelle mesure ce mode de jeu fonctionne sur un gong Ă©pais type gong coulĂ© — moins bien je suppose.

Pour ce type de jeu, le compositeur doit connaĂźtre le gong prĂ©cis qu’il souhaite utiliser, afin que le partiel soit de la frĂ©quence exacte qu’il espĂ©rait. C’est possible d’ĂȘtre confiant pour une mĂȘme rĂ©fĂ©rence de gong des lignes de Gongs PlanĂ©taires Paiste ou Meinl, qui sont extrĂȘmement rĂ©guliers de l’un Ă  l’autre, mais sans doute moins sur les gongs de Sona/Tone of Life, qui peuvent laisser entendre de petites diffĂ©rences pour une mĂȘme rĂ©fĂ©rence. MĂȘme les gongs de la collection de Gongs Symphoniques de Paiste et Meinl, ou des collections Wu Xing et Flower of Life de la gamme Sonic Energy de Meinl (fabriquĂ©s par Broder Oetken), ainsi que les gongs Freya, Wega et Sadja fabriquĂ©s par Broder Oetken pour Ollihess, peuvent potentiellement ĂȘtre subtilement diffĂ©rents du fait qu’ils ne sont pas accordĂ©s Ă  proprement parler, mĂȘme si au moins chez Paiste, les gongs sont testĂ©s face Ă  un gong MaĂźtre (Est-ce le cas chez Sona ? Je l’ignore.). Sans parler des gongs Terre proposĂ©s par ces trois fabricants de gongs, dont le son global doit ĂȘtre semblable de l’un Ă  l’autre, mais dont les coups de marteaux et mĂ©langes de partiels doivent varier d’un gong Ă  l’autre


Quoi qu’il en soit, si le compositeur connaĂźt le partiel qu’il souhaite faire sortir sur un gong prĂ©cis, je recommande la notation suivante : D’abord, indiquer le fabricant, la collection et le modĂšle exact du gong souhaitĂ©. Ensuite, noter la fondamentale avec une tĂȘte de note en croix pour indiquer l’étouffĂ©, surmontĂ©e d’une tĂȘte de note losangĂ©e Ă  la hauteur du partiel Ă  faire sortir. Enfin, indiquer Ă  quelles positions doivent Ă©touffer la mailloche bloquante et frapper la mailloche frappante.

Notation d’une sĂ©lection de partiels sur un gong

Il y a une autre façon de faire sortir le premier partiel proĂ©minent d’un gong, particuliĂšrement sur les diamĂštres moyens et grands : il faut pousser le gong en arriĂšre avec la mailloche, placĂ©e vers le bord extĂ©rieur de la zone mĂ©diane Ă  8 h environ, puis l’éloigner brusquement, libĂ©rant le balancement du gong, et venir alors frapper la surface perpendiculairement, d’un coup direct, toujours Ă  8 h vers le bord extĂ©rieur. Cette façon de procĂ©der a l’avantage d’éviter de sur-Ă©touffer le gong, mais requiert un petit entraĂźnement — il ne faudrait pas endommager le gong par une frappe trop ambitieuse.

5) Trémolos

Pour rĂ©aliser un trĂ©molo sur un gong, une seule mailloche suffit, puisqu’il n’est pas nĂ©cessaire de frapper aussi souvent que pour un trĂ©molo de timbale ou de cymbale, la rĂ©sonance du gong emplissant l’espace entre deux coups de mailloche. Toutefois, un trĂ©molo Ă  deux mailloches peut s’avĂ©rer plus confortable.

Pour rĂ©aliser un crescendo, on peut resserrer l’intervalle entre deux frappes et augmenter la force de frappe. Pour un diminuendo, Ă  l’inverse, on peut ralentir le rythme de frappe et diminuer la force de frappe. Il faut bien tenir compte du fait que le gong a une trĂšs longue rĂ©sonance, c’est pourquoi il peut ĂȘtre souhaitable, dans un passage diminuendo, d’arrĂȘter de jouer un trĂ©molo plus tĂŽt qu’écrit, la rĂ©sonance se chargeant de diminuer d’elle-mĂȘme.

Dans tous les cas, il convient de tenir compte de la rĂ©activitĂ© du gong, un petit gong trĂšs rĂ©actif pouvant rĂ©pondre un peu trop vite et demander un certain soin pour le contenir, alors qu’un gros gong avec plus d’inertie peut au contraire requĂ©rir de commencer Ă  jouer un peu plus tĂŽt un passage en trĂ©molo crescendo.

6) Baguettes superball

Le sujet des baguettes superball Ă©tant particuliĂšrement riche et mĂ©ritant un traitement en profondeur, j’ai dĂ©cidĂ© de le sĂ©parer de ce guide principal pour en faire un guide Ă  part entiĂšre : le “Guide de Jeu avec la Superball”.

Broder Oetken propose deux gongs de 32” conçus avec Ă  l’esprit le jeu par superball en particulier : les gongs SirĂšne ; Himeropa (doux), et Himeropa Ligeia (plus lĂ©ger dans le son). « Himeropa Â» veut dire « chimĂšre Â» (crĂ©ature mythologique). Leur zone mĂ©diane Ă©tant exempte de toute Ă©raflure, celle-ci se prĂȘte particuliĂšrement bien au jeu par superball sur la face du gong, et rappelle un peu en apparence les gongs Paiste de la sĂ©rie Accent.

7) Archet

Les archets de contrebasse ou de violoncelle permettent, en jouant sur la tranche du bord repliĂ© (ou simplement sur la tranche pour un gong plat type wind gong), de tirer une multitude de partiels, imprĂ©visibles, qui dĂ©pendent de la « prise de corde Â» (l’amorce), de la pression, de la vitesse, de l’angle, du point de friction sur le cadran du gong, etc. Comme j’aborde dĂ©jĂ  ces problĂ©matiques dans le “Guide de Notation du Waterphone”, et de façon apparentĂ©e dans le “Guide de Jeu avec la Superball”, je ne m’étends pas ici dessus. En bref, retenons ici que les partiels obtenus avec archet sont imprĂ©visibles, et peu ou prou reproductibles, sauf par chance.

8) Balais métalliques et tige métallique

Outre le jeu frappĂ©, frottĂ©s Ă  plat le long du bord repliĂ© du gong, les balais produisent un « woosh Â» mĂ©tallique sonore, particuliĂšrement rĂ©sonant sur les grands gongs.

Quant Ă  la tige mĂ©tallique, il est prĂ©fĂ©rable de racler le bord repliĂ© du gong et non sa surface, en passant la tige mĂ©tallique Ă  plat contre l’extrĂȘme bord de la pliure du gong, afin de ne pas le rayer. Le son produit est le mĂȘme, et l’instrument n’a aucun risque d’en souffrir.

9) Diapason

Il est possible de plaquer la bille mĂ©tallique d’un diapason en vibration contre la surface d’un gong, pour lui communiquer sa vibration. Il faut toutefois prĂ©voir un tissu fin entre le gong et le diapason (type peau de chamois), qui amortit certes lĂ©gĂšrement le son, mais permet surtout de ne pas faire entendre l’impact lorsque le diapason entre en contact avec le gong. Cette technique, anecdotique, fonctionne plus ou moins bien selon les gongs et la sympathie de leurs frĂ©quences avec celle du diapason.

Il faut toutefois noter qu’il existe maintenant des sĂ©ries complĂštes de diapasons accordĂ©s sur de nombreuses frĂ©quences et notes de la gamme, ce qui pourrait ouvrir des horizons Ă  cette technique.

10) RĂ©sonateur par sympathie

Enfin, nous terminons ce rapide tour d’horizon de quelques-unes des techniques de jeu au gong par l’utilisation du gong en tant que rĂ©sonateur par sympathie.

Il suffit pour cela de se placer relativement prĂšs d’un gong (entre 50 cm et 1 m), puis de chanter ou jouer d’un autre instrument devant, produisant un effet de rĂ©verb naturel. Certaines frĂ©quences rĂ©sonnent davantage, selon le gong et selon l’instrument jouĂ©. Un instrument avec des vibrations fortes et un large ambitus fonctionne bien, comme le violoncelle. Pour tester les frĂ©quences sympathiques d’un gong, il suffit d’exĂ©cuter une glissade trĂšs lente sur toute l’étendue de l’instrument (dans mon cas le violoncelle), et de noter les endroits qui sonnent trĂšs bien, et ceux oĂč la rĂ©sonance semble plus assourdie.

Cette technique peut servir pour l’enregistrement, pour simuler une rĂ©verb naturelle mais un peu Ă©trange, en disposant plusieurs gros gongs en face et sur les cĂŽtĂ©s d’un instrumentiste ou groupe d’instruments.

Cette propriĂ©tĂ© de mise en rĂ©sonance s’avĂšre parfois problĂ©matique ; je pense ici aux orchestres, dans lesquels les vibrations sonores sont si intenses qu’elles font entrer le gong en rĂ©sonance. Si l’on prend un passage avec une modulation, la rĂ©sonance rĂ©siduelle de la premiĂšre tonalitĂ© peut ainsi passer pour une dissonance Ă  l’avĂšnement de la nouvelle tonalitĂ© ! Que faire dans ce cas ? À part venir Ă©touffer le gong, pas grand-chose malheureusement.

 Voir aussi « I. 3. RĂ©sonances Â»

11) Étouffoir artificiel

Il est possible d’amortir la sonoritĂ© d’un gong, rĂ©duisant largement ses rĂ©sonances et assourdissant le son, en disposant des pinces Ă  linge en un ou plusieurs points de son rebord. L’idĂ©al est de mettre un petit morceau de chiffon doux entre la pince Ă  linge et le mĂ©tal, afin que le gong ne zingue pas lors de la vibration. Cette technique peut servir dans des Ɠuvres ou des passages dans lesquels le gong risquerait de prendre trop d’espace sonore, noyant le reste de l’effectif instrumental sous des partiels importuns ou des rĂ©sonances trop gĂ©nĂ©reuses. Il convient de tester le rĂ©sultat au cas par cas, et de trouver les meilleurs endroits du rebord pour disposer les pinces Ă  linge.

 Voir aussi « I. 3. RĂ©sonances Â»

(Remerciements Ă  Damien Deshayes pour sa relecture attentive et ses remarques pertinentes, sans qui ce guide serait beaucoup moins clair !)

Pour ceux qui souhaiteraient avoir un tour d’horizon du rĂ©pertoire pour les gongs en orchestre, je vous renvoie Ă  l’ouvrage de Philip McNamara : “Gongs and Tam-Tams: A guide for percussionists, drummers and sound healers”.

Vous ignoriez que les balles « superball Â» ne sont pas que des jouets d’enfant ?
DĂ©couvrez comment on les utilise en percussion, grĂące au “Guide de Jeu avec les Baguettes Superball” !